Le Workshop autour du thème “The Future of Cloud Computing”, s’est tenu à Bruxelles le 26 janvier 2010 et a réuni 300 participants de la Communauté Européenne (avec une assez significative représentation française : ANR, Institut Telecom, Alcatel Lucent, Bull, OW2, …) et d’autres pays tels l’Inde, le Japon et les USA, le sujet étant clairement global et appelant à des collaborations internationales.
Organisé par la Commission Européenne (CE), cet événement fut l’occasion pour la CE d’exposer la thématique (cf. le programme ) et d’évaluer l’intérêt de l’académie et de l’industrie européenne pour le sujet. Lors de cette réunion fut présenté le rapport “The Future of Cloud Computing” élaboré par un groupe d’experts (ce rapport est disponible sur http://cordis.europa.eu/fp7/ict/ssai/docs/cloud-report-final.pdf et ouvert aux commentaires). Vous y trouverez des recommandations pour l’élaboration des futurs programmes de recherches de la CE sur le domaine.
Alors que de nombreuses propositions de projets portent déjà sur le sujet, le Cloud fera son apparition officielle dans les programmes européens à partir du Workprogramme 2011-2012 (premières annonces juillet 2011). La thématique Cloud sera intégrée à la partie « Internet du Future » de ce programme.
Finalement ce workshop fut l’occasion pour tous d’entendre répéter de façon très consensuelle que le Cloud serait « the next big thing ».
Quelques impressions suscitées par cette réunion
Bien que tous les intervenants (sans exception) fassent référence à l’Open Source favorisant l’adoption du Cloud, et que tous soulignent l’absence de standards ouverts, seul un « consensus mou » semble ressortir du rapport publié. L’ une des recommandations porte sur le développement d’Open Source Cloudware rappelant au passage l’asymétrie entre nombre de développeurs en Europe et chiffres d’affaires générés non européens. Au cours des présentations, le représentant de Google a d’ailleurs salué la prédominance des développeurs européens en matière d’Open Source : c’est à la fois tout à son honneur et à son avantage.
Nous ne pouvons que regretter que l’Open Source ne soit toujours pas considéré comme un avantage compétitif pour l’Europe, ni comme une stratégie critique au succès européen, mais uniquement comme un moyen technique permettant l’implémentation de standards ouverts.
Nous reconnaissons bien ici la tension qui persiste en Europe entre la volonté d’ouverture et la « nécessité » de protection de la propriété intellectuelle sensée favoriser les entreprises innovantes. Cette tension était d’ailleurs perceptible dans différents discours et notamment celui de la Chambre Américaine de Commerce (le cloud comme outil d’unification du marché européen à condition que la protection de l’IP soit renforcée). Cependant il est à noter que ce discours n’est pas soutenu par l’ensemble des acteurs d’où consensus mou. Il s’avère d’autant plus nécessaire et urgent d’expliciter cette tension en toute transparence afin de l’éliminer et de pouvoir avancer sereinement.
Cette réunion fut aussi l’occasion d’évaluer le niveau moyen de compréhension qui est … moyen. Les grandes généralités quant au Cloud, sa définition et ses bénéfices, furent listées ainsi que les principaux risques et défis. Mais force est de constater que le sujet reste jeune, pas uniquement sur les aspects techniques (le rapport reprend les grands principes et identifient les « trous dans la raquette ») mais surtout sur les aspects business models, ROI, usages etc.
Alors tout le monde s’accorde sur le fait que le Cloud permette aux PME d’avoir accès à un système d’information efficace et simplifié aux meilleurs coûts; il semble que peu d’acteurs ai déjà réellement un idée d’une utilisation optimale d’une telle infrastructure hormis le fait d’annoncer que le Cloud permette de développer des services. Il fut cependant évoqué quelques pistes intéressantes en cours d’étude au Japon et notamment le développement de Clouds spécialisés par exemple un Cloud services publiques (i.e. eGov) regroupant l’ensemble des ministères.
En ce qui concerne le sujet de la sécurité, un certain nombre d’intervenant (notamment Google et la Chambre de Commerce Américaine), ont soutenu la thèse que le Cloud est plus sécurisé que n’importe quel système d’information étant donné qu’en interne, les entreprises n’ont pas forcément l’expertise nécessaire à garantir la sécurité du système d’information. Par contre les fournisseurs de services Cloud sont contraint d’ avoir cette expertise (ici personne n’insiste trop sur le fait que la mutualisation de l’administration des systèmes allait fatalement entrainer la destruction d’emplois, étant donné la réduction des ressources induite par le Cloud – voir l’analyse faite sur le sujet par Jean-Paul Smets http://www.2020flossroadmap.org/roadmap/head-in-the-clouds/#tribune).
Pour ce qui est de la « protection des données et de la vie privée », de vibrantes recommandations ont été émises en faveur de changements dans la législation y compris dans les directives européennes existantes qui offrent pourtant déjà des garanties supérieures à celles (non) existantes aux USA (voir l’appel au congrès de la part de MS pour l’établissement d’une loi régissant ces aspects aux USA ). Le problème juridique le plus complexe est sans doute celui lié à la globalisation sous tendue par le cloud : le cloud ne connait pas les frontières, ni les législations en vigueur. Ici la Chambre Américaine est claire : ne nous pressons pas (si j’étais paranoïaque, en écoutant le discours de la représentante d’AMCham, je penserais que le Cloud est l’ultime cheval de Troie de l’Industrie US.)
Dernières impressions, ce workshop m’a évoqué à plusieurs reprises un sentiment de « déjà vu ». Le Cloud fait ressurgir des problématiques qui datent quelque peu e.g. machine virtuelle, distribution massive des processus et des données, sécurité des réseaux, architecture n-tier, etc. Le rapport du groupe d’experts a d’ailleurs fait un effort louable de mise en perspective du Cloud vis à vis de récentes technologies sur lesquels ont porté un nombre important de projets de R&D co-financés par la CE. Ainsi nous pouvons lire que SOA, Grid et HPC sont des sujets relatifs à la thématique (en insistant particulièrement sur le Grid) et que la réutilisation des recherches et des expertises développées dans ces domaines serait des plus judicieuse.
En conclusion:
Bien qu’il soit aisé d’être critique vis à vis du « buzz » généralisé (qui ne profite aujourd’hui pleinement qu’à un nombre réduit d’acteurs) et du consensus mou (qui empêche de focaliser réellement les efforts et de maximiser les synergies et qui génère un surplus d’entropie), il faut toutefois reconnaître que la sémantique a profondément évolué et que la présence de chercheurs et de jeunes entreprises enthousiastes sur le sujet, est porteuse de promesses pour de nouvelles applications et de nouveaux usages. Ainsi il est possible d’envisager en Europe de sortir du brouillard et d’ avoir enfin le nez dans les nuages. Des nuages ouverts bien entendu.
NOTE: Ce rapport présente uniquement les opinions de son auteur. Aussi sentez vous libre de le commenter, critiquer, modifier, distribuer, publier, etc.
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